L’ARMÉE ÉGYPTIENNE

Malheureusement nous ne savons pas avec précision le nombre des effectives des forces armées dans la première campagne du roi Thouthmose III. Toutefois, d’après d’autres sources [1] nous pouvons rétablir les rangs de l’armée égyptienne de la XVVV dynastie.

L’armée était organisée en DIVISIONS, chacune desquelles était un complet corps d’armée consistant en infanterie et charrerie, avec un nombre total de 4000-5000 unités. Ces divisions étaient distinguées par un nom qui, généralement, était celui d’une divinité : la plus importante était Amon, les autres pouvant être Rēa, Ptah, Seth.

L’INFANTERIE (mSa) était constituée de RÉGIMENTS (sAw) de 200 hommes, chacun au command d’un PORTE - ÉTENDARD  (TAy-Sryt). L’étendard, qui pouvait changer de forme et symbole, était de toute façon un élément important soit du point de vue psychologique que de celui tactique. [2]

Les composants de l’infanterie étaient les RECRUES (Hwnw nfrw) qui constituaient les TROUPES DE RECRUES (DAmw Hwnw nfrw) et les VÉTÉRANS ou soldats bien formés (mnfAt) : ceux-ci, en cas de besoin, pouvaient devenir des vraies et propres troupes d’assaut.

Chaque régiment était divisé en quatre bataillons au command de chacun d’eux il y avait un MAJEUR DES 50 (pA aA 50). Un CAPITAINE DE TROUPE (Hry pDt) commandait plusieurs régiments, lorsque le LIEUTENANT - COMMANDANT (idnw n pA mSa) était responsable de l’entière infanterie.

Il n’existait pas la chevalerie dans le sens moderne du mot. Il y a de toute façon des preuves qu’entraient en action des chevaliers là où les conditions du terrain pouvaient barrer l’usage de la charrerie. Ces chevaliers étaient des éclaireurs (HApytw) dont la tâche était celle de précéder probablement l’armée et explorer le terrain pour elle. [3]

La CHARRERIE [4] était appelée tA nt-Htry et s’acquitta de deux tâches : protéger l’armée et charger l’ennemi avec des résultats bien imaginables.

L’unité de combat était constituée d’un char (wrryt) [5]et d’un couple de chevaux.

Le char était formé d’une grande caisse de forme schématiquement hémicylindrique avec la partie postérieure ouvert pour permettre au conduisant de monter ou descendre par la maxime vitesse. Le plancher était constitué de bandes de cuir entrelacées, recouvertes de peau animale ou d’un tapis d’étoffe très épaisse, qui donnaient un’ adéquate suspension.

Le char était rendu puis plus moelleux par la position très arriérée de la couple de roues et de l’essieu de façon à utiliser au maximum la flexibilité du long brancard. La couple de roues et le brancard constituaient la structure portante du char. Étant donné que la grande caisse s’appuyait sur l’essieu et sur le brancard, celui-ci était particulièrement incliné vers l’extrémité de sorte que le plancher de la grande caisse avec les chevaux attelés, venait à se trouver sur un plan presque horizontal.

Les roues avaient le diamètre de m.1, 00 environ et d’ordinaire étaient fournies de six rayons. Il serait trop long, dans cette étude, décrire comme elles étaient réalisées, mais on peut dire qu’elles présentaient une compétence technique très avancée, étant extrêmement légères et,  en même temps, très robustes pour les pistes pas certainement lisses sur lesquelles devaient courir. [6]

La barre de traction était fixée à l’extrémité libre du brancard et attachée aux harnais des chevaux, de façon à  permettre au char d’avancer ou de reculer en maintenant les destriers  à la même distance et dans la même position. Les poitrinières et les brides étaient munis d’aiguillons semblables à des éperons qui empêchaient aux chevaux de dévier de la directrice de cours. La grande caisse était fournie à ses côtés de carquois pour arcs et flèches.

Les destriers étaient de taille moyenne, rapides et vifs. Les brides avaient fait passer dans les bagues de la poitrinière et reliées au mors qui semble fût du type à gourmette.

Sur le char il y avait le combattant (snni) et l’aurige (kTn = kú-śi-na). Le combattant usait arc et flèches tandis que l’aurige, naturellement, guidait le char.

Aux côtés du véhicule, en bataille, opéraient les coureurs (pHrrw), armés de javelot et bouclier, dont la fonction était probablement celle de protéger les chevaux de l’ennemi.

La charrerie était formée de BRIGADES de deux ou plusieurs escadrons commandés par un COMMANDANT DE BRIGADE (Hry pDt n tA nt-Htry). Un escadron était composé de 50 chars sous le command de un PORTE-ÉTENDARD DES CHARRISTES (TAy sryt n nA snniw). Une COMPAGNIE de chars comptait 10 chars commandés par le PREMIER AURIGE (kTn tpy).

Le GÉNÉRAL (imy-rA mSa) commandait infanterie et charrerie et était responsable devant le souverain qui, en qualité de généralissime, commandait l’armée entière (sa fonction était plus complexe).

Un CONSEIL DE GUERRE était toujours présent, prêt à mener sa tâche dans les moments convenables.

L’armée, généralement, avait un fort contingent de ARCHERS (iryw-pDt) et un corps de service spécial : les BRAVES DU ROI (qnyt-ny-swt).

L’armement était constitué de poignards (mSw), boucliers (ikm), arcs (pDt), flèches (aHA), massues et haches de guerre (iqHw), à part bâtons et gourdins pas moins efficaces. L’arme du roi du Nouvel Empire était une sorte de cimeterre appelée xpS  à cause de sa similitude avec la cuisse de bœuf : sa lame avait une marche asymétrique par rapport à l’axe de la poignée, longue env. cm. 0, 90 et terribles pour ses fendants.

Autour de l’armée, finalement, gravitait l’apparat bureaucratique et logistique.

H. H. Nelson [7] estime que le total des forces égyptiennes de la première campagne de guerre de Thoutmès III a été de 10.000 hommes environ. En vérité dans la description des Annales est cité l’étendard d’Amon la quelle chose fait supposer la présence d’une division de 5.000 unités, plus les contingents d’archers et un petit pourcentage de Braves du Roi. Compte tenu de l’apparat bureaucratique et logistique, on peut arriver à 15.000 hommes.

Un homme était responsable du journal de guerre des campagnes de Thoutmès III: il s’agissait du scribe de l’armée (sS mSa) Tjenny (Tnny). D’après les Annales le journal, écrit sur des rouleaux de cuire, était déposé en permanence dans l’archive du temple d’Amon en Karnak.


[1] R. O. Faulkner, Egyptian military organisation, JEA 39, 32 suiv.

[2] R. O. Faulkner, Egyptian military standards, JEA 27, 12 suiv.

[3] A. R. Schulman, Egyptian representation of horsemen and riding in the New Kingdom, JNES 16, 263 suiv.

[4] A. R. Schulman, The Egyptian Chariotry: a reexamination, JARCE 11, 75 suiv.

[5] Wb I, 334 ou même mrkbt (ma-r-ka-ba-ta : Wb II, 13 ; W. Helck, Beziehungen, 561 n.102)

[6] Voir, par exemple, M. A. Littauer & J. Crouwel, An egyptian wheel in Brooklin, JEA 65, 107 suiv.

[7] op. cit., 6